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Un de mes dédoublements astraux concerne Vincent Van Gogh.
Bien avant qu'il ne vînt peindre à travers moi et que je ne reçoive ses messages de l'autre monde, la personnalité de ce peintre au regard d'écorché vif, si mal aimé de son vivant, me fascinait déjà. J'aimais son côté mystique tout autant que son côté révolté et passionné à l'extrême.
Parfois, je me le représentais dans sa Provence adoptive, le chevalet sur l'épaule, les yeux cloués au ciel, la peau brûlée par le soleil du midi, trébuchant dans la garrigue emporté par le flot impétueux de ses tempêtes intérieures...
Mais ce fils de pasteur était aussi féru de bible et d'absolu. Il confiait d'ailleurs ceci dans l'une des sept cents lettres adressées à son frère Théo:

" Le sentiment, même le sentiment raffiné pour les beautés de la nature, n'est pas le même que le sentiment religieux. Bien que je croie qu'il existe un lien entre les deux. Presque tout le monde aime la nature, mais il y en a peu qui sentent que Dieu est Esprit en toutes choses!"

Je me disais qu'au moins, maintenant, il devait être heureux, là-bas, au paradis des peintres, enfin libéré de ses démons et des conditions précaires qui l'avaient poursuivi toute sa vie. Maintenant, il devait caracoler joyeusement à travers les champs de l'astral les pinceaux à la main et le coeur tendu vers les sphères étoilées qu'il imaginait de son vivant.

Un soir, alors que je venais juste de me mettre au lit, me vint l'idée de lui adresser en pensée un petit bouquet de fleurs : miscellanées de roses, d'iris, de tournesols, de tulipes hollandaises... Comme ça, juste pour le plaisir de lui témoigner un peu de ma sympathie.
A peine venais-je d'éteindre ma table de chevet que le peintre fit irruption devant mes yeux ahuris. Je ne puis dire de quel type de matérialisation il s'agissait mais j'eus l'impression de le voir comme en hologramme. En tout cas, il était là devant moi, bien visible, auréolé d'une douce aura vert clair, légèrement trouble.
Probablement avait-il capté mes pensées et venait-il y répondre à sa façon !

En guise d'accueil, il traça dans les airs, d'un geste vif du bras, un large cercle à l'arrondi parfait. Ce fut sa façon bizarre de me saluer !
Van Gogh semblait en pleine forme, pimpant et gai comme un pinson, pourrait-on dire. Comme mon ami André Gérard, que j'avais retrouvé dans un dédoublement quelques mois plus tôt, il avait plutôt rajeuni. Plus d'oeil rougi par l'absinthe ni de grosses rides lui barrant le front. Cependant, c'était toujours le même gaillard pétulant au visage buriné, aux traits anguleux et aux joues creusées et mal rasées! Une seule vraie différence : sa tête avait retrouvé ses deux oreilles!
J'espérais qu'il me parle, mais malheureusement ma vision s'embruma très vite et l'instant d'après Van Gogh avait disparu de ma chambre.

Peu de temps après, remise de mes émotions, je plongeai dans un doux sommeil réparateur, les pensées encore accrochées à cette vision inattendue. Mais au cours de cette même nuit, je retrouvai à nouveau le peintre lors d'un nouveau dédoublement...


Après avoir vagabondé un certain temps dans les errances d'un monde indécis, je me retrouvai nez à nez avec lui, un peu comme on rencontre subitement un ami au détour d'une rue. Et cette fois, ma vision était on ne peut plus nette.
Débarrassée des conventions terrestres, la conversation s'engagea entre nous sans préambule, animée, franche et amicale. Il me parla ainsi de ses amis et des curieux qui dans le monde astral tentaient un peu trop souvent à son goût de l'approcher - car il avait toujours horreur de la foule. Il préférait le refuge de sa solitude nettement plus propice d'ailleurs à ses nouvelles oeuvres de lumière, car il peignait toujours, bien évidemment. Plus que jamais pourrait-on dire, et avec la même fougue, le même acharnement, la même imagination débordante ; avec en plus le suprême avantage d'être affranchi des restrictions et des limitations terrestres.

Van Gogh, qui avait essuyé sur terre un calvaire de refus, s'en donnait ici à coeur joie, enfin libre de parachever ses rêves étoilés. Il tenait enfin cette lumière qui l'avait toujours fascinée, celle qu'il s'était acharné à dompter pour qu'elle illumine ses toiles. Ici cette lumière avait l'éclat de mille soleils et elle suivait sans rechigner le cours de ses visions d'artiste. A côté d'elle, nos pauvres pigments terrestres semblent vraiment éteints, fanés, désespérément fades.

Mais le peintre m'invita à le suivre :
- Viens, me dit-il, je vais te montrer mes dernières créations.

Nous traversâmes des vallons verdoyants jusqu'à un antre touffu où s'entassait une incroyable collection de tableaux lumineux. Du coeur de chaque toile fusait une gigantesque symphonie de couleurs, un monde éblouissant et fascinant. Chaque oeuvre était comme un merveilleux hymne à la nature cosmique.

- Ces peintures sont sublimes, fis-je admirative. Je serais curieuse de savoir ce qu'en penseraient nos critiques d'art. Vos tableaux sont déjà hors prix. Que vaudraient donc ceux-ci?

- Oui, ces toiles feraient un fameux remue-ménage, j'en suis persuadé. Mais qu'importe leur valeur matérielle? Sur terre, on ne parle que d'argent, toujours de l'argent, rien que de l'argent. Mais qui s'intéresse à mon art pour ce qu'il est, à l'âme de mes peintures?

- Oh, mais on respecte aussi beaucoup votre talent, le rassurais-je. Si vous saviez l'estime qu'on a pour vous. Vous n'en avez point idée.

-- Si. bien sûr, je suis au courant. Je plaisantais.

- Et Dieu dans tout ça?
Cette question me brûlait les lèvres depuis le début de notre rencontre.

- Dieu? ah ça pour sûr, il existe! me dit-il. Il est même extraordinairement présent partout dans l'univers. Oh, mais attends un peu, j'ai quelque chose pour toi : un petit cadeau...

Ce bougre d'homme avait-il par hasard l'intention de me faire don d'une parcelle de son monde astral? Il éclata de rire. Une fois de plus, je venais d'oublier qu'on lit ici dans les pensées d'autrui comme à livre ouvert...
Van Gogh m'entraîna alors à sa suite jusqu'à une sorte de terrain vague abandonné, situé à deux pas de son atelier de peinture céleste.
Une splendide marine nocturne d'environ deux mètres de haut sur quatre de large y était plantée.
Sous un ciel indigo piqueté d'étoiles roulaient les vagues sombres d'un océan déchaîné où de géantes ondulations ourlées d'écume se lançaient à l'assaut de rochers menaçants. A droite, dans le bas du tableau, s'étendait une large baie percée de minuscules points jaune vif représentant les fenêtres chichement éclairées d'un petit village portuaire.
On eût dit que l'ensemble allait jaillir de la toile, tant le tableau était vivant. J'en restai bouche bée d'admiration. Le spectacle offert à mes yeux était grandiose, l'oeuvre magique. Des larmes d'émotion m'en venaient aux yeux.
Vincent Van Gogh, ravi de mon émerveillement me fit :

-Voilà, c'est mon cadeau. Ce tableau t'appartient. Je te l'offre...

Folle de joie, je ne sus que répondre, car j'étais bien trop émue. A tel point que j'omis même de remercier mon ami. Comment, en effet, ne pas le considérer maintenant comme un ami?
J'aurais voulu discuter avec lui encore longtemps. Malheureusement, un léger frisson parcourait déjà mon corps astral annonçant un retour imminent vers le monde d'en bas. Et l'instant d'après, happée par les bras de la nuit, je réintégrais le silence feutré de ma chambre endormie...

* * *

Je remercie vivement Vincent Van Gogh de m'avoir emmené cette nuit-là jusqu'à son prodigieux repaire d'artiste et le remercie pour son magnifique cadeau de lumière. Je sais que cette merveilleuse peinture m'attend de l'autre côté et qu'elle m'appartient pour l'éternité. Mais ce qui me rend plus heureuse encore, c'est de savoir qu'il est enfin libre de s'exprimer comme il l'entend, sans avoir à s'occuper de soucis matériels, et plus uni aux étoiles que jamais.

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