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  Lettre à mon fils - Noël 1995

Cher fils de mon coeur et de mon sang,
J'ai demandé aujourd'hui la permission de te donner un message à l'occasion des fêtes de Noël.
Vous êtes maintenant, ta compagne et toi, ensemble depuis un peu plus de trois ans et vous allez commencer une vie entièrement nouvelle.
Celle-ci sera merveilleuse et sereine si vous en décidez ainsi.
Je connais très bien et en profondeur mon fils d'alors.
Même si nous eûmes parfois quelques querelles et qu'il y eut entre nous quelque incompréhension, je suis encore plus ton père maintenant que par le passé. Je peux au moins t'assurer de cela.

Il est vrai que mon humour ne t'a jamais enchanté, mais ton "sérieux" lui non plus ne me fascinait pas!
En fait, de par mon humour, mon tempérament et le non-sens de certains de mes propos, je me sens plus près d'Osho Rajneesh que de n'importe quel autre philosophe! C'est la raison pour laquelle tu l'adores !
Il est vrai qu'il peut t'apporter le sens et le parfum de la liberté que tu apprécies tellement, et exalter ta pensée tout comme je te l'avais appris moi-même.

Bien que la liberté soit très importante pour moi, je n'ai jamais été un vrai rebelle. Mes préoccupations étaient d'ordre scientifique et concernaient les théories mathématiques, la logique et la philosophie. L'étude, l'enseignement et la lecture de nombreux livres, y compris les textes religieux de l'époque accaparaient tout mon temps. Mais mes véritables passions étaient les mathématiques et l'astronomie.
J'aimerais aujourd'hui te confier ce qui suit à propos de moi, de nous, et en ce qui concerne les âmes jumelles.
Comme tu le sais, j'ai vécu moi-même cette merveilleuse expérience. Depuis, mon âme jumelle m'a rejoint. J'existe donc maintenant avec ma référence complète, si je peux m'exprimer ainsi.

A cette époque, alors que j'étais encore jeune, j'avais beaucoup de relations et de très bons amis. Je me souviens notamment d'un autre professeur qui appréciait énormément ma compagnie.
J'avais alors les cheveux foncés et je portais la barbe. Je riais et plaisantais sur tout et je sais que l'on me trouvait plutôt attirant. Ce qui n'empêche que de temps en temps je pouvais aussi me mettre dans des colères noires !
Je possédais donc un solide tempérament, doublé d'un bon coeur, car je m'efforçais toujours de protéger les plus faibles.
Tout le monde m'appelait Khayyam. Personne ne m'appelait Omar et à l'âge de seize ans j'étais déjà un grand penseur et un philosophe.

A l'époque où j'enseignais, un de mes plus grands plaisirs était d'aller le samedi ou le dimanche jusqu'à la place du marché que l'on appelait "le marché aux poissons". Et ce jour-là était toujours un jour de fête spécial pour moi.
A cette époque la ville était assez grande et les gens s'y retrouvaient aussi pour échanger de vieux  livres. Comme nous possédions une très grande bibliothèque à la maison, il m'était facile de trouver toujours l'un ou l'autre ouvrage à échanger.
Un samedi, dans la matinée, alors que j'échangeais un livre avec un homme, je ne pus m'empêcher de remarquer à ses côtés la présence d'une femme excessivement jolie dont le visage très clair était mis en valeur par de splendides cheveux sombres.
A un certain moment, la magie de son regard croisa le mien, m'emprisonnant de façon irrésistible. Et j'en fus chaviré à tel point que dès ce jour j'en tombai éperdument amoureux !
Quoi que j'aie rencontré beaucoup de femmes avant elle, c'était la première fois qu'un sentiment aussi fort s'emparait de moi. Cependant, nous n'échangeâmes pas un mot cette fois-là et elle quitta bientôt le marché au bras de celui que je supposai être son mari.

Pendant des jours et des jours, je ne pus m'empêcher de repenser à ce  merveilleux visage aperçu seulement quelques instants. La vision était enivrante et tenace. Je n'arrivais plus à m'en libérer !
Le samedi suivant, je retournai au marché, pas seulement avec l'intention d'échanger quelques livres, mais surtout avec le ferme espoir de revoir cette femme qui hantait désormais les rêves enchantés de mes nuits.
Je n'espérais alors qu'une chose : apercevoir, ne fut-ce que l'ombre d'un instant, la beauté de ses yeux. Je déambulai donc à travers les allées du marché, scrutant du regard les visages perdus dans la foule. Et après un temps qui me parut aussi long que l'éternité, je la vis enfin. Elle était là, resplendissante, à quelques pas de moi, mais accompagnée comme la première fois. Cependant, lorsqu'elle me vit, elle me reconnut et me lança un regard discret. Une immense bouffée de joie envahit alors mon être tout entier...

Après l'avoir croisée pour la troisième fois la semaine suivante, je demandai à l'un de mes étudiants de la suivre discrètement, afin de savoir où elle habitait. Cette idée était un peu folle, surtout venant de quelqu'un de mon rang. Bien sûr, j'étais encore jeune et mes désirs avaient la fougue de cette jeunesse. Personne n'eût pu imaginer à quel point j'étais tombé dans le filet de ma passion amoureuse. Cette secrète ivresse d'amour était comme un courant impétueux auquel on ne peut résister. C'était tellement fort !
Mais j'appris bientôt l'horrible vérité sur cette jeune femme, l'implacable, l'inacceptable vérité pour un homme de ma condition et de ma religion. Cette femme était une prostituée !

Le choc fut épouvantable et je n'avais pas le choix : il me fallait l'oublier au plus vite!
Je décidai donc de la rayer à tout jamais de ma mémoire. Mais après des mois et des mois d'effort, de nuits blanches et de prières, elle s'accrochait toujours à moi et son doux regard était toujours là, bien présent au fond de mes pensées.
Je m'efforçai cependant de ne plus retourner au marché afin de ne pas attiser ma douleur, mon chagrin et mon désir de la revoir. Ma déception était telle que je n'arrivais plus à supporter la présence d'aucune femme à mes côtés. C'est alors que je décidai de ne jamais me marier.

Les jours, les semaines et les mois passèrent. Secrètement, je l'aimais toujours et je ne pouvais oublier ni son visage ni sa voix si douce que je connaissais car je l'avais entendu prononcer quelques mots au marché.
Pour l'oublier, ou tenter de l'oublier, je consacrai dès lors tout mon temps à mon travail et à mes recherches.
Pendant ce temps, les gens venaient de plus en plus nombreux assister aux discours que je donnais dans de nombreux endroits et places publics où l'on se rassemblait à ciel ouvert, discutait et buvait du vin. Je buvais bien sûr du vin moi aussi, mais pas trop, un ou deux verres, pas plus. En ce temps là, boire du vin nous était permis.

Un jour, alors que je discourais, je la reconnus soudain parmi mes auditeurs. Mon sang ne fit qu'un tour, alors qu'un souffle de feu me brûlait la poitrine. Elle m'avait retrouvé !
Bien sûr, je tentai de dissimuler ma vive émotion à l'assistance. En plus, j'étais bien décidé cette fois à lui résister, décidé d'ignorer sa présence et de faire fi de mes sentiments profonds.
Mais la nuit qui suivit fut à nouveau un véritable cauchemar émaillé de sentiments aussi contradictoires que douloureux. Je devais bien me rendre à l'évidence : je ne pouvais tout simplement pas me détacher de l'emprise que cette femme avait sur moi.
Ce jour-là, j'avais remarqué que pour la première fois elle n'était pas accompagnée. Qu'était donc devenu l'homme qui l'accompagnait d'habitude ? Et pourquoi m'avait-il semblé découvrir une profonde détresse dans ses yeux embués ?

Un autre jour, elle revint encore assister à l'un de mes cours et cette fois elle vint vers moi à la fin de celui-ci. Touchant délicatement ma main elle me dit :
- S'il vous plait, acceptez-moi. Je ferai de vous mon maître.
Son visage ruisselait de larmes.
Je mis ma main dans la sienne et lui répondis sans trop réfléchir:
- Abandonnez tout et venez vivre dans une maison d'hôte près de chez moi.
Et c'est ainsi que nos destins allaient se lier inexorablement.
Je ne lui demandai jamais ce qu'il était advenu de l'homme qui l'accompagnait, s'il était mort ou vivant, s'il avait été tué ou emprisonné ou s'il l'avait simplement quittée.
Elle s'appelait Hamah. Elle devint l'une de mes élèves les plus assidues et renonça aussitôt à la compagnie d'autres hommes.
Cependant, ce n'est qu'après un an que nos relations devinrent plus intimes et que je décidai de lui révéler mes sentiments.

Peu après, elle eut un enfant de moi. Cet enfant, c'était toi. Mais malgré notre amour, jamais le mariage ne fut possible entre nous, pour un tas de raisons, et notamment à cause d'un problème de différence de caste et de milieu.
Ainsi, je ne me mariai jamais, mais je vécu des années heureuses avec ma compagne Hamah et lui dispensai tout mon amour, ainsi qu'à toi, notre fils.
Nous t'appelâmes Omar. Je ne pouvais en effet te donner le nom de Khayyam, mais tu vécus dans notre maison, et tout le monde en ville savait que tu étais mon fils.
Hamah mourut lorsque tu avais 22 ans, juste avant la célébration de ton propre mariage.
De ce mariage naquit une fille et pour ma part, je lui donnai le nom de "petite Khayyam". Officiellement, son nom était "Yamma" mais on la surnomma "Yam".

A la mort d'Hamah, je renonçai à m'impliquer encore dans une relation amoureuse préférant consacrer mon temps et mon énergie à la philosophie mystique.
Mon neveu, le fils de mon frère, devint ton pire ennemi parce qu'il me savait très proche de toi. Mais après le décès de mon frère, il vint cependant vivre avec nous et je dus recueillir aussi d'autres neveux. Ce qui provoqua pas mal de dissensions.
Tu perdis ta propre femme quelques années après, alors qu'elle était à nouveau enceinte. Le foetus mourut lui aussi.
Tu décidas alors de revenir vivre chez moi avec Yam. Et nous vécûmes des temps heureux jusqu'à ce que Yam meurt à l'âge de seize ans suite à un drame familial.

Voilà un pan de notre passé qui t'est révélé et ceci est notre histoire de cette époque. Je voulais que tu la saches afin que tu puisses méditer sur le karma et comprendre le pourquoi de certains événements de ta vie présente. Rinn m'a permis de te conter cette histoire et ce sera mon cadeau de Noël car je sais que tu avais beaucoup de respect et d'admiration pour moi.

Avec mon amour de père et au nom des choses que nous avons partagées.

  Omar Khayyam

 

Khayyam, Omar (v. 1050-v. 1123), mathématicien, astronome et philosophe persan, auteur de l'une des œuvres poétiques les plus célèbres au monde : les Rubayat.

Né à Nichapour (aujourd'hui en Iran), Omar Khayyam signait ses ouvrages du nom de Omar ibn Ibrahim al-Khayami, ce qui signifie Omar le fabricant de tentes. Astronome de la cour du sultan Malik Chah, il participa, avec d'autres scientifiques, à la réforme du calendrier persan qui aboutit à l'adoption d'une nouvelle ère : l'ère de Seljuk ou jalaléenne.
Khayyam fut aussi un disciple du médecin et philosophe Avicenne. Ses écrits sur l'algèbre, la géométrie et des sujets connexes démontrent qu'il fut l'un des mathématiciens les plus illustres de son époque. En Occident, il est surtout connu pour son œuvre poétique, notamment ses Rubayat. Environ mille quatrains lui sont attribués. Khayyam leur donna une tonalité satirique et épicurienne tout en conservant un style lyrique.
Le poète et traducteur anglais Edward Fitzgerald fut le premier à révéler à l'Occident son œuvre poétique, grâce à la traduction qu'il fit, en 1859, d'une centaine de ces quatrains.
 

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