FRANCE LECTURE
 

 

 

 

     



ElianeMarie Ly

 

 

 
   

 

   
       


 


 


 

 

 

 

 

 

 

 






 

  Sous le ciel africain
 
 "Dieu est partout : au ciel, sur la terre et en tous lieux"

 
 Jamais je n’oublierai cette phrase énoncée lors de mon premier
 cours de religion...

 
   

UN DON TRES SPECIAL - Je suis née en Afrique… enfin presque. Ma mère, aussitôt après m’avoir mise au monde dans une grande clinique bruxelloise, me ramène dare-dare à Lubumbashi, anciennement nommée Elisabethville, ville minière du Katanga située dans l’ex-Congo belge. Mon père, géomètre de profession, avait opté très tôt pour la rude vie coloniale, et pendant des années il dirigera la construction des routes de cet immense territoire pour le compte de l’état belge.

Lors d’un séjour en Belgique, il fait la connaissance de ma mère, succombe à  son charme et ne tarde pas à lui proposer deux choses : le mariage et l’Afrique ! Ma mère, à cette époque était fiancée au célèbre dessinateur belge Vandersteen, le créateur des histoires de Bob et Bobette, mais l'amour a ses exigences et ses propres lois. Elle rompt très vite ses relations avec Vandersteen. L'attirance pour mon père est la plus forte. Elle voit en lui le véritable homme de sa vie et de ses rêves et à vingt ans, quelle plus belle aventure que celle de partir au bras de son aimé dans des contrées sauvages et lointaines? Ma mère a toujours eu une nature volontaire. Peu lui importe les dangers du Congo, son climat lourd et humide. Ni les réticences de ses amis ni celles de ses parents n'auront raison de sa détermination. Ma future mère se jette dans les bras de mon futur père et lui dit oui !

Très tôt après son accouchement qui s'est déroulé sans problème, elle revient rejoindre mon père resté au Congo pour des obligations professionnelles et quinze à vingt mois plus tard, je fais mes premiers pas maladroits de gros bébé joufflu dans notre antre colonial greffé à quelques centaines de mètres à peine de l’imposante brousse africaine. 

***

Vagabonde et rêveuse, je passe le plus clair de mes tendres années accrochée au spectacle grandiose de la nature africaine. Fourmis géantes, gros rats noirs, caméléons aux mille couleurs changeantes, mygales et autres charmants insectes sont mon lot quotidien et agrémentent mes loisirs. En Belgique, à Anvers, un très grand zoo fait la joie de tous les enfants. Moi, j'ai la chance de disposer d'un véritable zoo pour moi toute seule ! Avec l'avantage de voir évoluer des animaux autour de moi en pleine liberté.

Au grand dam de mes parents, vers l'âge de six ans, je me lie d'amitié avec une mygale dont l'antre secret se situe au cœur de galeries profondes creusées au fond de notre grand jardin.

Après mes matinées d’école - à cette époque nous disposions de toutes nos après-midi - je me poste des heures durant face à l’antre de ce sympathique hôte velu dont on me dit pourtant qu’il faut se méfier. Insouciante à souhait, j’en fait ma meilleure copine! Je la tutoie, lui donne de jolis noms, on papote elle et moi, on se dit des choses, je lui susurre des petits mots doux à voix basse, pour ne pas l'effrayer. Je lui confie mes petits problèmes de jeune écolière et surtout j'admire son incroyable savoir-faire quand elle tisse de ses grosses pattes velues de magnifiques cocons de toile.

En tout cas, je suis heureuse de partager avec elle un si joli monde.

Ses "cousins" les gros rats me fascinent tout autant ! Je m'en approche à pas feutrés, pour ne pas les effrayer et tous les jours je leur amène en cachette leur succulent "quatre heures". Au menu : boulettes de pain mélangées à des déchets de légumes. Ils ont bon appétit et raffolent de mes petits plats amoureusement préparés. Ils comprennent très vite que je suis une amie qui ne leur veut que du bien.
Jamais un rat ne me fit aucun mal. Le tout c'est de savoir s'y prendre, de ne pas les effaroucher et de les apprivoiser avec de succulents repas !

Ma passion des animaux commence donc par ces bébêtes à réputation douteuse qui horreur et provoquent le dégoût de tous alors que moi je les trouve mignons comme tout et les considère même un peu comme ma deuxième petite famille. Ce grand jardin, bourré de vie, ce lieu magique grouillant de rongeurs affamés et d'insectes aux formes les plus bizarres agrémente pour mon plus grand bonheur les longues heures ensoleillées des après-midi de mon enfance.

***

A côté de ces merveilleuses découvertes de la nature, dès l'âge de cinq ans à peu près, je commence à me rendre compte, même si c'est encore de façon brumeuse, que je ne suis peut-être pas tout à fait comme tout le monde, que je vois, que je capte des choses qui semblent échapper aux enfants et même aux adultes qui m'entourent. Sans le vouloir, je me mets à surprendre mes parents. Par exemple, je commence à parler anglais à table, sans avoir reçu les moindres notions de cette langue. Au Congo belge, on parle le français, le flamand ou un dialecte congolais mais personne autour de moi ne parle anglais. Mes parents se posent dès lors des questions. D’où vient donc ce don soudain de leur fille pour la langue de Shakespeare ? Troublés, ils décident d'en toucher mot auprès de mes professeurs dans le but d'éclaircir ce mystère. Stupéfaction. On leur répond que jamais on ne m’adresse la parole dans cette langue !

Cette faculté linguistique ne persiste cependant que quelques mois. Quelle explication donner à cette étrange faculté ? Aucune explication rationnelle ne peut apporter de réponses satisfaisantes. Reste les supputations irrationnelles. S'agissaient-ils de vagues réminiscences spontanées d’une autre incarnation ? J’apprendrai en effet plus tard par mes guides de Lumière que j’ai vécu en Angleterre lors de mon incarnation précédente, à Douvres plus précisément. J'y serais morte de la peste vers l’âge de dix-huit ans au cours d’une épidémie. Je n’ai gardé de cette existence moyenâgeuse aucun souvenir, si ce n'est que je ressens des malaises diffus, par exemple la vue sur papier des célèbres falaises me donne encore et toujours des frissons !

***

Notre famille s’agrandit bientôt. Ma mère vient d’avoir un second bébé : un garçon. Je ne sais comment accueillir la nouvelle. Cinq ans nous sépare. Pour un enfant, une semaine, une heure parfois paraissent toute une éternité. Que dire de cinq ans ? En plus, je connais peu le monde des garçons. A l'école, je ne fréquente que les filles de mon âge et la brusquerie des garçons me fait un peu peur.

Dieu est partout : au ciel, sur la terre et en tous lieux
Photo : L'institut Marie-José - Elisabethville

Jamais je n’oublierai cette phrase énoncée par un prêtre lors de mon premier cours de religion à l’Institut Marie-José d’Elisabethville. Mon père m’y dépose chaque matin en voiture avant de partir rejoindre son travail. C’est un Institut français catholique dirigé par une Mère supérieure. Discipline et rigueur sont les maîtres mots des sœurs qui nous donnent cours. Certaines sont joviales, ouvertes et charmantes. D’autres sont nettement moins folichonnes !

Les temps devinrent incertains. La révolte gronde au Congo belge et j'entends dire que des massacres de civils belges se perpétuent ici et là. Une époque de terreur vient de supplanter celles de jours heureux et paisibles. L'inimitié entre certains congolais et les colons belges est palpable et chacun de nous se doit maintenant de rester sur ses gardes.

Ma mère, qui je l'apprendrai plus tard possède elle aussi des dons de voyance, nous sauve de justesse d’une mort annoncée grâce à un flashe médiumnique. Elle qui tenait presque toujours ses visions pour elle, se gardant d'en faire étalage, décide heureusement pour une fois d’en parler à mon père. L'heure est grave et ma mère connaît la justesse étonnante de ses flashes; elle a eu maintes fois l'occasion de le vérifier. Dans sa vision, notre rue est soudain envahie par une bande de rebelles sanguinaires sans foi ni loi qui pendent haut et court plusieurs de nos proches voisins.

Mon père, qui a une confiance absolue dans les prémonitions médiumniques de ma mère, abasourdit par cette sombre prédiction n’hésite pas une seconde. Il sait lui aussi que ma mère a des dons, qu'elle peut avoir des visions de l'avenir, qu'elle n'affabule jamais. Persuadé qu'elle a vu juste, qu'elle a anticipé un événement qui risque d'arriver d'un jour à l'autre, sa décision est prise en quelques heures à peine. Il ne fera courir aucun risque à son épouse et ses enfants : nous quitterons l’Afrique sur le champ !

C’est ainsi que nous plions bagage en toute hâte, la mort dans l'âme. Mon petit monde s'écroule. Je voyais ce pays comme un véritable paradis terrestre, mais on me dit maintenant que des gens d'ici sont très méchants, qu'ils peuvent faire beaucoup de mal aux enfants blancs et à leurs parents, qu e ce pays est devenu en très peu de temps pour nous les belges une terre sombre aux mille dangers.

Les larmes aux yeux, je fais mes adieux touchants à toutes mes petites amies de l'Institut et à tout le petit peuple animal de mon jardin. Quelques jours plus tard, nous fuions notre maison africaine sans demander notre reste et je laisse derrière une masse énorme de souvenirs inoubliables. Bien nous en prend quand même car m
a mère avait vu juste : sa voyance tragique se réalisa effectivement très tôt après notre départ.

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